12.09.2010
|
I 3
10
20
30
40
5050
60
70
80
90
100
110
|
Du Côté de chez Swann (volume I)
j’entendais le sifflement des trains qui, plus ou moins éloigné,
comme le chant d’un oiseau dans une forêt,
relevant les distances
l’espérance d’être soulagé lui donne du courage pour souffrir
le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal
l’immobilité des choses autour de nous
on se blottit la tête dans un nid qu’on se tresse avec
les choses les plus disparates
le bon ange de la certitude avait tout arrêté autour de moi
l’opacité des murs d’impalpables irisations
je ne peux dire quel malaise me causait pourtant cette intrusion
du mystère
et de la beauté
dans son âme l’ivresse de l’orage
une inviolable solitude
embrasse-moi une fois encore
son bruit ferrugineux, intarissable et glacé
une question ardue
des hasards d’une carrière exceptionnelle
dans un empire soustrait aux yeux des mortels
sur un fond de ténèbres
notre personnalité sociale est une création de la pensée des autre
le milieu, inconnu
un véritable commencement d’atrophie
si loin l’art de dissimuler sous des périphrases ingénieuses
l’incertitude maladive
des idées d’avenir qui auraient dû me conduire comme sur un pont au
delà de l’abîme prochain qui m’effrayait
avec un air mêlé de congratulation et d’ironie
nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où
il y a des choses essentielles
comme un peintre qui ne peut obtenir que
de courtes séances de pose
un mouvement de révolte
au milieu de délicates sculptures
les barrières étaient tombées, un fil délicieux nous réunissait
ces heures inaccessibles et suppliciantes
exposés sur ce silence qui n’en absorbait rien
on ne déclarait pas cette origine
c’est la fable de la ville
je murmurai ces mots que personne n’entendit
la possibilité de telles heures ne renaîtra jamais pour moi
le soulagement
de n’avoir plus à mêler de scrupules à l’amertume
tracer dans son âme une première ride
chercher notre plaisir ailleurs que dans les satisfactions
du bien-être et de la vanité
éliminer entièrement la banalité
quelque chose d’indéfinissable et de délicieux
la douceur qu’il y a dans la bonté, la mélancolie qu’il y a
dans la tendresse
l’amorce de l’allée obscure
il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que
nous ne le rencontrions pas
un éclaircissement décisif
plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles
le goût du morceau de madeleine
toujours couchée dans un état incertain de chagrin
saturé de la fine fleur d’un silence si nourricier, si succulent
concassées ou tressées comme dans la confection d’un nid
la chronique quotidienne mais immémoriale
les remous concentriques d’un sourire de reconnaissance anticipé
être un motif de joie ou de tristesse pour une autre
une inéducable nullité
les moments où je n’ai pas de faiblesse sont bien rares
il n’y a pas besoin de chercher
et de consacrer à ce fait incompréhensible
la noble poussière
l’infrangible dureté
la trace palpable
sous la voûte obscure et puissamment nervurée
si mes yeux ne percevaient pas d’intervalle, mon esprit réservait
un abîme
de néfaste redevenue propice
les cris des oiseaux
une matière si différente, si précieuse, si annelée
une insouciance mêlée de fantaisie
bleu et désenchanté
par certains silences de désapprobation ou par certains sourires
de doute
des ruses toujours victorieuses
fugitive et légère comme une œuvre de circonstance
tojours couronné du roucoulement
d’un bleu qui prétendait imiter le ciel
les differences les plus minimes me semblaient avoir une importance
incalculable
le saisissement et les souffrances de l’amour
un silence, puis le bruit de portes qu’on fermait
d’être ainsi invisible
une rêve disponible de beauté sentimentale
un silence qui n’en a pas pour nous
une institution permanente à qui des attributions invariables assuraient
une sorte de continuité et d’identité
le serpent qui siffle aux lèvres de l’Envie
le visage antipathique et sublime de la vraie bonté
d’une main immobile au milieu d’une eau courante
le bordait d’un mince liseré spirituel
la rapidité de notre respiration et l’intensité de notre regard
on a la sensation d’être toujours entouré de son âme
d’un monde inconnu
soigneusement vidés
le seul cadeau
où on croit qu’on crée ce qu’on nomme
sans trêve et sans bruit
les élans de notre sensibilité ont peu d’empire sur la suite de
nos actes et la conduite de notre vie
comme un air de musique dont on raffolera, mais qu’on ne distingue pas
encore
l’inépuisable torrent des belles apparences
plus harmonieuses quand elles étaient ainsi voilées
mon humble vie et les royaumes du vrai
le désespoir d’un amoureux qui veut aimer pour la vie et
à qui on parle des autres maîtresses qu’il aura plus tard
l’excès les petits faits précis
arbitraire et charmant
rempli à la fois de désir et de désespoir
légèrement obscurcie par l’incertitude de savoir
l’unisson de la joie
des fenêtres qui ne donnent pas de jour
qui semble du reste très poli
avec toute la présomption d’une jeunesse à qui
la discipline a manqué
comme des trésors follement gaspillés pour une ingrate
avec une férocité maternelle
le bonheur des méchants comme un torrent s’écoule
qui permet que la vie soit moins cruelle que les rêves
ces petits événements intérieurs
inséparables des mystères et qui enjolivaient encore les fêstons
de leur feuillage
je sentis tout d’un coup
l’exil et la détresse hors du monde civilisé
au bout de ces chemins inconnu
d’un incendie où nous avions déjà tous péri
un divertissement cruel
une méchanceté née de l’oisiveté
au bout d’une route interminable
à travers le déguisement
sans une plainte
une malheureuse créature humaine
incapable de fuite ou de résistance
le jouet inerte et mécanique du bonheur
nous envoie d’un pays où nous ne retournerons plus
où les yeux las ne tolèrent plus qu’une lumière,
celle qu’une belle nuit
comme celle-ci prépare est distille avec l’obscurité
une affirmation invraisemblable
les mille flèches
d’une douceur charmante
avec un air d’amitié et de franchise
qui cache a tous les yeux quelque secret impérissable
de bonheur et
de désenchantement
au commencement de la saison où
l’horizon, dérobé à la vue
plutôt idéal que réel
obscurcie par l’ombre des grands arbres qui l’entouraient
un invisible oiseau s’ingéniant à faire trouver la journée courte,
explorait d’une note prolongée,
la solitude environnante
un souffle défait
l’immense étendue où déferlent les
pensées
le regard qui voudrait toucher, capturer, emmener le corps
qu’il regarde et l’ âme avec lui
l’inconnu de sa vie
ce grand renoncement
une fatigue, sinon une souffrance
ces vains ornaments, ingrat
envers l’inopportune main qui en formant tous ces
œuvres naïvement incomplètes
qu’un œil ouvert ne peut faire autrement que de percevoir
les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances
ses préjugés moraux
des oiseuax migrateurs
des sentiments
des petits bateaux qui ont replié leurs voiles et sont immobiles au large pour toute la nuit
des supplications et des salutations désespérées
comme une toupie qu’on lache
ce désaccord entre nos impressions et leur expression habituelle
le désir
obscurément attendu, immanent et caché
les baisers de celle qui est auprés de nous
les créations purement subjectives, impuissantes, illusoires
pauvres morceaux d’un vieux professeur de piano
quelque chose insignifiante qu’on fasse
des profanations rituelles
le sadisme qui donne une fondement dans la vie à l’esthétique et du mélodrame
un etre de bonté et de souffrance
avec l’exactitude indolente et soigneuse
de l’enfant de chœur
la pauvre plante
inéluctable et funeste
changeant sans cesse pour rester toujours en accord
une existence si abstrait, si idéale
|
 |